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Paula, seule avec sa clarinette, errait à travers les steppes bordures en
quête d’hommes aptes à assouvir ses appétits. Elle y rencontra Sitam Telüop, marchand ambulant connu dans toute la Bordurie, et même par-delà ses frontières (Paula elle même en avait entendu parler avant d'entreprendre son voyage), pour la qualité de ses esclaves. Après des négociations interminables (l’âpreté de Sitam en affaires était elle aussi proverbiale) elle parvint à lui acheter dix serviteurs parmi les meilleurs ainsi qu’une caravane abritant différents instruments de musique récoltés au cours des voyages du marchand. Chaque esclave devait en choisir un. Le premier, Benoît, prit la basse. Le second, Raphaël, la batterie, tandis que le troisième, Benjamin, préféra le vibraphone; enfin le dernier, personnage pour le moins ambivalent qui se faisait appeler Jeannot, opta pour le piano. Ce qu’il advint des autres restés sans instrument ? Ils n'avaient aucun atout, Paula les dévora donc sur le champ. Accompagnée de son harem de musiciens, elle prit la route pour retrouver un domaine quitté depuis trop longtemps: le château de la Balinière, gardé en son absence par Claudius Cerberus (Eunuquus). A peine arrivés, elle les fit enfermer dans la plus haute salle du donjon. Ils y restèrent cloîtrés ainsi des jours et des jours, sans autre choix que de s’adonner à la musique. Le temps s’écoulait sans heurts, lorsqu'un beau matin, sans que l’on sache très bien comment, Benjamin et Jeannot parvinrent à s’enfuir. Le désespoir qui s’empara de Paula fut de courte durée: obsédée par un appétit insatiable, elle ne fit ni une ni deux et repartit pour la Bordurie à la recherche de nouveaux esclaves. Cette fois-ci, l'expérience aidant, il ne lui fallut que peu de temps pour trouver et ramener chez elle deux guitaristes sans le sou: Adrien et Antoine. Leur retour à la Balinière, au soir du 21 juin 2006, mérite d’être conté : Claudius avait été chargé d'organiser un grand festin, auquel toute la populace des alentours fut conviée; et où, pour la première fois, on les entendit jouer. Ce fut le premier triomphe de Paula et son Harem. Forte de leur succès, le 7 juillet, elle accorda à ses Hommes une sortie des plus exceptionnelles. Largesse justifiée par la possibilité de se produire au festival champêtre « Krout et Kwak » qui les avait réclamés à corps et à cris. Leur cellule était restée depuis de longs mois leur seul horizon, si bien que, troublés au plus haut point, enivrés par cette sortie dans le monde, le batteur sombra dans l’alcoolisme et le bassiste en perdit sa basse. Malgré tout, portés par leur enthousiasme et une foule en délire qui dansait à en perdre haleine, ils jouèrent jusqu’à plus soif, alternant compositions et improvisations étourdissantes dont certains parlent encore aujourd’hui. L’été passa. Le Harem batifolait dans les jardins du château, s’adonnant désormais à tous les plaisirs qui, pour un temps, lui étaient permis. Avec l’automne revinrent ceux que l’on n’attendait plus. Un matin, Claudius ramassa deux mendiants qui, ayant goûté aux angoisses bien plus qu’aux délices de la Liberté préféraient revenir sous la coupe de la Servitude Musicale: Benjamin et Jeannot étaient de retour. Après un châtiment à la hauteur de leur forfaiture, Paula dans sa clémence accorda son pardon, et les laissa rejoindre le Harem au donjon. La vie au château reprit alors son cours, au rythme de la musique. Il leur fallait travailler d’arrache-pied afin de satisfaire les exigences de celle qui les avait trouvés. Mais leurs efforts furent récompensés lorsqu'un beau jour, (le 18 novembre 2006), une sélection pour le festival Tissé Métisse organisée dans une partie annexe du château –l’école de musique de la Balinière- leur entr'ouvrit enfin les portes de la gloire. Pour l’occasion, deux morceaux avaient été choisis. « Les conneries de mon chat », et « La ballade de Claude », composé en l’honneur du favori de Paula. Les commentaires sont ici inutiles : la presse internationale en rendit compte... Cette dernière prestation leur donna des ailes, si bien que Paula décida de lancer pour de bon sous les feux de la rampe son Harem à sa suite… ils retombèrent bien vite sur l’annonce d’un tremplin. Les paroles qu’ils prononcèrent alors sont restées jusqu’à ce jour dans les mémoires. A l’unisson ils s’écrièrent: « Prenez-nous ! » PAULA ET SON HAREM: Batterie: Raphaël Huchet Basse: Benoît Ripoche Guitare1: Antoine Hernandez Guitare2: Adrien Leloup Vibraphone: Benjamin Gallet Piano: Anna Sabathé (Jeannot) Clarinette: Paula Macé |